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Pourquoi la cybersécurité OT n'est plus seulement un problème informatique

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Gerrit Neyrinck
Expert Security Engineer

La cybersécurité des technologies opérationnelles (OT) est rapidement devenue l’un des enjeux majeurs auxquels sont confrontées les organisations industrielles. Pourtant, malgré l’attention croissante qu’elle suscite, de nombreux dirigeants peinent encore à distinguer les effets d’annonce des véritables défis qui méritent leur attention.

Au début de cette année, nos experts en cybersécurité ont eu l'opportunité de contribuer au Guide pratique sur la cybersécurité des technologies opérationnelles (OT) d'Agoria. Ce livre blanc, destiné aux décideurs, a été élaboré par le groupe de travail CMiB4ICS/OT afin d'aider les entreprises manufacturières belges à mieux comprendre le paysage actuel de la cybersécurité OT.

La rédaction de ce guide a également suscité de nombreuses discussions au sein de nos équipes. Bien que ce livre blanc offre une excellente vue d'ensemble pour les dirigeants, plusieurs sujets nous ont semblé mériter une analyse plus approfondie, à la lumière de l'expérience d'organisations qui conçoivent, déploient et sécurisent quotidiennement des environnements industriels.

Cet article est le premier d'une série de trois consacrée à ces thématiques. Nous commencerons par une question fondamentale : pourquoi la cybersécurité OT est-elle passée d'une préoccupation informatique à un véritable enjeu stratégique pour l'entreprise ?

Résumé exécutif

  1. Les technologies opérationnelles (OT) ne sont plus isolées du monde extérieur. À mesure que les environnements IT et OT convergent, la surface d'attaque des organisations industrielles ne cesse de s'étendre.

  2. Contrairement aux incidents informatiques traditionnels, une cyberattaque visant les systèmes OT peut entraîner un arrêt de la production, perturber la chaîne d'approvisionnement, endommager les équipements et même compromettre la sécurité des collaborateurs.

  3. La cybersécurité OT n'est donc plus uniquement du ressort des équipes IT ou des ingénieurs de production. Elle est devenue un enjeu stratégique qui implique directement la direction.

  4. Des réglementations telles que NIS2 confirment cette évolution en attribuant explicitement des responsabilités en matière de cybersécurité aux organes de gouvernance.

  5. Les organisations qui intègrent la cybersécurité OT dans leur stratégie globale seront mieux armées pour réduire leurs risques opérationnels, satisfaire aux exigences réglementaires et renforcer durablement leur résilience.

1. Les environnements de production ont profondément évolué 

Pendant des décennies, les technologies opérationnelles (OT) ont évolué dans un univers totalement distinct. Les systèmes de contrôle industriel, les automates programmables (PLC), les plateformes SCADA et les équipements de production étaient conçus avec un objectif principal : garantir une production sûre et fiable.

À cette époque, la cybersécurité faisait rarement partie des préoccupations, pour une raison très simple.

La plupart des environnements industriels étaient physiquement isolés des réseaux bureautiques et d’Internet. Tant qu’un attaquant ne pouvait pas accéder à l’atelier de production, il n’était pas vraiment nécessaire de concevoir des systèmes capables de résister aux cyberattaques.

Aujourd’hui, cette hypothèse n’est plus valable.

Les industriels s’appuient de plus en plus sur des systèmes de production connectés, la maintenance à distance, l’analyse dans le cloud, les équipements de l’Internet industriel des objets (IIoT) et les solutions d’optimisation basées sur l’intelligence artificielle. Ces innovations offrent d’importants gains opérationnels, mais elles brouillent également la frontière traditionnelle entre les environnements IT et OT.

Le résultat est un paysage des risques totalement différent.

2. Les systèmes OT ne sont plus protégés derrière les murs de l'usine

La transformation numérique a profondément modifié l’industrie manufacturière. Les données de production alimentent désormais les ERP, les tableaux de bord qualité, les plateformes de maintenance prédictive et les applications d’intelligence artificielle. Les fournisseurs externes accèdent régulièrement aux machines à distance afin d’effectuer des opérations de maintenance ou des mises à jour logicielles. Des usines autrefois totalement isolées sont devenues de véritables écosystèmes connectés.

Cette convergence entre l’IT et l’OT ouvre d’immenses opportunités, mais crée également de nouveaux vecteurs d’attaque.

Contrairement aux environnements informatiques classiques, de nombreuses installations industrielles reposent encore sur des équipements anciens, qui n’ont jamais été conçus selon les principes modernes de cybersécurité. Dès qu’un attaquant parvient à pénétrer le réseau de l’entreprise, progresser vers les systèmes opérationnels s’avère souvent bien plus simple que les organisations ne l’imaginent.

Comme le souligne le livre blanc d’Agoria, le défi actuel ne consiste plus seulement à protéger l’infrastructure informatique, mais aussi à sécuriser des environnements opérationnels de plus en plus interconnectés, où un cyberincident peut avoir un impact direct sur les opérations physiques.

3. Un cyberincident ne signifie plus seulement une perte de données

Lorsqu'on évoque la cybersécurité, la plupart des personnes pensent immédiatement au vol de données. Pourtant, notre expérience montre que la réalité est bien différente dans les entreprises industrielles.

Une cyberattaque visant les technologies opérationnelles (OT) peut entraîner :

  • l'arrêt des lignes de production ;
  • l'indisponibilité des équipements industriels ;
  • des retards de livraison aux clients ;
  • des perturbations de la chaîne d'approvisionnement ;
  • des dommages aux machines ;
  • des risques pour la sécurité des collaborateurs ;
  • des pertes financières importantes pour chaque heure d'interruption de la production.

Les conséquences ne se limitent donc plus aux systèmes numériques. La cybersécurité est désormais directement liée à la continuité des activités. C'est précisément pour cette raison que de nombreuses organisations considèrent aujourd'hui la cybersécurité OT comme un élément essentiel de leur stratégie globale de résilience, et non plus comme une simple discipline technique.

4. La cybersécurité OT est devenue un sujet de gouvernance

L'une des idées reçues les plus répandues est que la cybersécurité OT relève exclusivement des équipes techniques. En réalité, bon nombre des décisions qui déterminent le niveau de résilience cyber d'une organisation sont prises au niveau de la direction.

Certaines questions ne peuvent pas être tranchées par les seuls ingénieurs. Elles nécessitent des décisions stratégiques de la direction, par exemple :

  • Quel niveau d'interruption de production est acceptable ?
  • Quels processus de production sont critiques pour l'activité ?
  • Comment les fournisseurs externes doivent-ils accéder aux systèmes opérationnels ?
  • Quels risques cyber l'entreprise est-elle prête à accepter ?
  • Quel niveau d'investissement consacrer à la résilience ?

Cette évolution se reflète également dans la réglementation européenne. NIS2 introduit explicitement des responsabilités en matière de gouvernance et de supervision à la charge des organes de direction, faisant de la cybersécurité une responsabilité du management, et non plus uniquement des équipes informatiques.

5. La cybersécurité devient également un enjeu de sécurité au travail

L'évolution la plus marquante est sans doute le rapprochement croissant entre la cybersécurité OT et la sécurité au travail.

Contrairement aux environnements informatiques traditionnels, les technologies opérationnelles (OT) interagissent directement avec les processus physiques. Lorsqu'un système industriel est compromis, les conséquences peuvent affecter les machines, les installations de production ainsi que les opérateurs présents sur le terrain.

C'est pourquoi le livre blanc d'Agoria souligne que la cybersécurité des environnements opérationnels doit être envisagée de plus en plus sous le même angle que la sécurité au travail. Lorsque les organisations adoptent cette approche, la culture de la cybersécurité dépasse le seul périmètre des équipes IT et s'intègre naturellement aux départements d'ingénierie, d'exploitation et de production.

La cybersécurité ne consiste donc plus uniquement à protéger les données. Elle vise désormais à protéger les personnes, les processus de production et la continuité des activités.

6. Les organisations qui s'adaptent construiront des opérations plus résilientes

Les organisations industrielles entrent dans une nouvelle réalité. Les technologies opérationnelles (OT) deviennent toujours plus connectées, plus intelligentes et plus dépendantes des systèmes numériques.

Les entreprises qui continuent de considérer la cybersécurité OT comme un simple sujet informatique auront de plus en plus de difficultés à suivre le rythme de l'évolution des cybermenaces et des exigences réglementaires.

À l'inverse, celles qui intègrent la cybersécurité à leur stratégie d'entreprise, à leur gouvernance opérationnelle et à leurs processus décisionnels quotidiens seront mieux préparées pour garantir la résilience de leurs environnements de production tout en tirant pleinement parti des opportunités offertes par l'Industrie 4.0 et l'intelligence artificielle.

Une réalité s'impose désormais : la cybersécurité OT n'est plus seulement un problème informatique. C'est un véritable impératif stratégique pour l'entreprise.

La cybersécurité OT est un impératif stratégique

À mesure que les organisations industrielles accélèrent leur transformation numérique, la séparation traditionnelle entre l'informatique (IT) et les technologies opérationnelles (OT) disparaît progressivement.

Aujourd'hui, la cybersécurité influence directement la continuité des opérations, la sécurité des collaborateurs, la conformité réglementaire et la résilience de l'entreprise à long terme.

Cette évolution exige bien plus qu'un simple déploiement de nouvelles technologies.

Elle nécessite un véritable changement de perspective. Une approche où la cybersécurité OT n'est plus considérée comme une simple préoccupation technique, mais comme un élément essentiel de la gestion d'une organisation industrielle moderne.

Dans notre prochain article, nous analyserons les cinq principaux risques de cybersécurité OT auxquels les industriels sont confrontés aujourd'hui, et nous verrons pourquoi nombre de ces risques apparaissent bien avant qu'un attaquant n'atteigne les systèmes de production.


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Gerrit Neyrinck
Expert Security Engineer

 



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