Les organisations industrielles sont aujourd'hui confrontées à une vague sans précédent de réglementations en matière de cybersécurité. NIS2, le Cyber Resilience Act (CRA) et le Règlement Machines introduisent chacun de nouvelles obligations, mais il ne s'agit pas de trois problèmes distincts à résoudre séparément. Ensemble, ces textes reflètent une évolution plus large vers des environnements industriels plus sûrs, plus résilients et plus fiables.
Lors de notre contribution au Guide pratique sur la cybersécurité des technologies opérationnelles (OT) d'Agoria, un constat est revenu à plusieurs reprises : de nombreuses organisations abordent ces réglementations séparément, alors que les défis de cybersécurité qui les sous-tendent sont étroitement liés.
Dans notre précédent article, Les 5 principaux risques de cybersécurité OT auxquels les industriels sont confrontés aujourd'hui, nous avons analysé les principales menaces qui pèsent sur les environnements de production modernes. Ce troisième et dernier article va plus loin en expliquant comment l'évolution du cadre réglementaire européen encourage les organisations à répondre à ces défis au moyen d'une stratégie de cybersécurité cohérente, plutôt que de trois projets de conformité indépendants.
1. NIS2, le Cyber Resilience Act et le Règlement Machines répondent chacun à un défi différent
À première vue, ces trois réglementations semblent avoir peu de points communs. Chacune possède sa propre terminologie, son propre calendrier de mise en œuvre et ses propres obligations juridiques.
En réalité, elles sont complémentaires.
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NIS2 s'adresse aux organisations. La directive impose aux entreprises des secteurs critiques et importants de renforcer leur gouvernance en matière de cybersécurité, de gérer activement leurs cyberrisques et de notifier les incidents significatifs.
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Le Cyber Resilience Act (CRA) concerne les produits comportant des éléments numériques. Il introduit des exigences de cybersécurité tout au long du cycle de vie des produits connectés mis sur le marché européen.
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Le Règlement Machines se concentre sur les machines elles-mêmes. Il vise à garantir que les équipements industriels modernes – y compris les machines connectées et intégrant de l'intelligence artificielle – soient conçus et exploités en toute sécurité, la cybersécurité devenant une composante essentielle de la sécurité des machines.
Trois réglementations différentes, mais un objectif commun : permettre aux organisations industrielles d'évoluer de manière sûre et résiliente dans un monde toujours plus connecté.
2. La plus grande erreur consiste à traiter ces réglementations comme trois projets distincts
Face à plusieurs nouvelles réglementations, il est naturel que les organisations répartissent le travail entre différentes équipes.
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Les spécialistes de la conformité se concentrent sur NIS2.
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Les équipes produits analysent le Cyber Resilience Act.
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Les départements d'ingénierie se préparent au Règlement Machines.
Cette approche peut sembler parfaitement logique. Chaque réglementation possède en effet son propre vocabulaire, son propre champ d'application et ses propres exigences légales.
Le problème est qu'elle conduit souvent à trois projets parallèles qui cherchent finalement à résoudre les mêmes défis fondamentaux en matière de cybersécurité. Différentes équipes réalisent leurs propres analyses de risques, produisent leur propre documentation et mettent en place leurs propres processus de gouvernance, alors qu'elles poursuivent toutes le même objectif.
Dans la pratique, une grande partie des mesures techniques et organisationnelles exigées par ces réglementations se recoupent. Que vous vous prépariez à NIS2, au Cyber Resilience Act ou au Règlement Machines, vous serez amené à renforcer les mêmes capacités essentielles, notamment :
- un accès distant sécurisé ;
- une gestion robuste des identités et des accès ;
- une visibilité complète sur les actifs connectés ;
- une segmentation réseau entre les environnements IT et OT ;
- la détection et la réponse aux incidents ;
- la gestion des risques liés aux fournisseurs et aux tiers.
Plutôt que de considérer chaque réglementation comme un projet de conformité indépendant, les organisations obtiennent généralement de meilleurs résultats en renforçant ces capacités fondamentales de cybersécurité. Cette approche améliore non seulement leur niveau de sécurité, mais facilite également le respect simultané de plusieurs cadres réglementaires.
3. Un programme de cybersécurité unique permet de répondre à plusieurs réglementations
Plutôt que de se demander « Comment pouvons-nous nous conformer à cette réglementation ? », il est souvent plus pertinent de poser la question suivante : « Quelles sont les capacités de cybersécurité dont notre organisation a réellement besoin ? ».
Pour de nombreux industriels, ces capacités comprennent notamment :
- une gouvernance claire en matière de cybersécurité ;
- une visibilité complète sur l'ensemble des actifs ;
- une architecture IT/OT sécurisée ;
- un accès distant maîtrisé ;
- la gestion des risques liés aux fournisseurs ;
- la gestion des vulnérabilités ;
- la détection et la réponse aux incidents ;
- la sensibilisation des collaborateurs à la cybersécurité.
Une fois ces fondations en place, il devient beaucoup plus simple de répondre aux exigences de chaque réglementation.
La conformité devient alors la conséquence d'une cybersécurité maîtrisée, et non un objectif en soi.
4. Les référentiels permettent de transformer les exigences réglementaires en actions concrètes
L'un des plus grands défis pour les organisations consiste à traduire des obligations légales en mesures opérationnelles. C'est précisément dans ce domaine que les référentiels de cybersécurité reconnus apportent une réelle valeur ajoutée.
Selon le contexte de l'organisation, plusieurs référentiels peuvent servir de guide :
- IEC 62443 aide à sécuriser les systèmes d'automatisation et de contrôle industriels.
- CyFun constitue le référentiel belge de maturité en cybersécurité et offre une méthode efficace pour démontrer la conformité aux exigences de NIS2.
- ISO/IEC 27001 fournit un cadre structuré pour la gouvernance, la gestion des risques et l'amélioration continue de la sécurité de l'information.
Ces référentiels ne doivent pas être considérés comme des alternatives concurrentes.
Au contraire, ils sont complémentaires. Le livre blanc d'Agoria souligne d'ailleurs comment les organisations peuvent combiner des référentiels de gouvernance avec des normes spécifiques aux environnements OT afin de construire un véritable programme de cybersécurité, plutôt que de poursuivre uniquement un objectif de certification.
5. La conformité doit être une conséquence, pas un objectif
La réglementation en matière de cybersécurité continuera d'évoluer. Aujourd'hui, les priorités portent sur NIS2, le Cyber Resilience Act et le Règlement Machines, mais il est peu probable qu'il s'agisse des dernières réglementations auxquelles les organisations industrielles devront se conformer.
Dans le même temps, l'adoption rapide de l'intelligence artificielle, des machines connectées et de chaînes d'approvisionnement toujours plus numériques continuera de transformer les opportunités comme les risques auxquels les industriels sont confrontés.
Les organisations qui abordent chaque nouvelle réglementation comme un projet de conformité distinct risquent de rester en permanence dans une logique de rattrapage. Chaque nouvelle exigence entraîne de nouvelles analyses de risques, une documentation supplémentaire et des projets de mise en œuvre spécifiques, alors que les défis fondamentaux en matière de cybersécurité restent souvent les mêmes.
Une approche plus durable consiste à investir dans des bases solides en matière de cybersécurité. En développant une gouvernance robuste, une architecture IT/OT sécurisée, une gestion efficace des risques et des processus opérationnels bien définis, les organisations mettent en place des capacités qui répondent simultanément à plusieurs exigences réglementaires.
Autrement dit : la conformité ne doit pas être l'objectif, mais le résultat naturel d'une stratégie de cybersécurité mature. Les organisations qui adoptent cette vision seront non seulement mieux préparées à satisfaire aux exigences réglementaires actuelles, mais également aux futures évolutions législatives et à un paysage de menaces en constante mutation.
En résumé
Bien que NIS2, le Cyber Resilience Act et le Règlement Machines introduisent chacun leurs propres obligations légales, ils poursuivent tous le même objectif : renforcer la cybersécurité, améliorer la gouvernance et accroître la résilience des opérations industrielles.
Plutôt que de se demander par quelle réglementation commencer, il est souvent plus pertinent d'identifier les capacités de cybersécurité que l'organisation doit renforcer en priorité.
La gouvernance, une architecture IT/OT sécurisée, la visibilité sur les actifs, la gestion des risques liés aux fournisseurs ou encore la réponse aux incidents ne sont pas propres à une seule réglementation. Elles constituent les fondations sur lesquelles il est possible de répondre simultanément à plusieurs exigences réglementaires.
En investissant dans ces capacités, les organisations ne facilitent pas seulement leur conformité aux réglementations actuelles : elles développent également la résilience nécessaire pour faire face aux cybermenaces de demain et aux futures évolutions législatives.
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Gerrit Neyrinck |
Easi x Agoria : Guide pratique sur la cybersécurité des technologies opérationnelles (OT)
Cet article conclut notre série en trois volets consacrée à la cybersécurité OT, inspirée de notre contribution au Guide pratique sur la cybersécurité des technologies opérationnelles (OT) d'Agoria.
Au fil de cette série, nous avons exploré :
- pourquoi la cybersécurité OT n'est plus seulement un problème informatique ;
- les cinq principaux risques de cybersécurité OT auxquels les industriels sont confrontés aujourd'hui ;
- comment les organisations industrielles peuvent aborder NIS2, le Cyber Resilience Act et le Règlement Machines au travers d'une stratégie de cybersécurité intégrée.
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